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Pierre de la Condamine, poète et historien amoureux de la Presqu’île

Disparu en 1996, Pierre de la Condamine aurait eu 100 ans ce mois de novembre. Depuis son enfance sur les dunes de Pornichet, il a été le témoin d’un siècle passionnant et bouleversant pour la Presqu’île de Guérande. Il la sublimera d’abord en poésie, avant de lui redonner toute sa place dans l’Histoire universelle. L’homme, complexe, caractériel, écorché vif, est une référence. Dans les pas de son père, Patrice de la Condamine est venu raconter aux Amis de Guérande celui qui a été leur président pendant 12 ans.

Salle comble à la médiathèque où pour la majorité des personnes présentes le souvenir de Pierre de la Condamine est encore vivace. L’émotion peut se lire sur les visages. Josik Lancien, le président des Amis de Guérande, n’a pas manqué de rendre hommage à l’un de ses prédécesseurs, et surtout au rédacteur des Cahiers de 1964 à 2000 ! Touchante aussi l’intervention de Jean de Malestroit, écrivain, qui à l’issue de la conférence s’est joint aux louanges en y associant le fils. Ému certainement, Patrice de la Condamine qui s’est attaché à dévoiler la « face cachée » de son père qu’il décrit lui-même comme « un inconnu que nous avons côtoyé mais qu’il faut considérer comme un étranger pour partir à sa découverte ». Il concède cependant : « Parler d’un tel personnage est d’autant plus difficile lorsque c’est son père ». Titulaire d’un doctorat en histoire contemporaine, expert en vexillologie (drapeaux), Patrice de la Condamine a entrepris de nombreuses recherches sur son père, un travail de fourmi encore loin d’être achevé.

Pornichet, sa côte d’amour

Pierre de la Condamine est né « là où la Loire vient mourir dans l’océan », à la maison familiale « Ker Armor » de Pornichet. Dès son enfance, il embrasse amoureusement la Bretagne et tout au long de sa vie, lorsqu’il doit la quitter pour se rendre à Paris « où la gare d’Orsay est le seul monument capable d’éveiller en moi une émotion », c’est un déchirement. De la Condamine, voilà bien un nom qui n’évoque guère une quelconque "bretonnité". En effet, l’histoire de la famille est marquée par l’exil, un sentiment que Pierre de la Condamine gardera toujours en lui.
Avec la Révocation de l'Édit de Nantes qui sonne le glas pour les protestants de France, 90 % de la famille émigre vers l’Angleterre, le reste rejoint la Lorraine. À la révolution, nouveau départ forcé vers Paris où la famille s’installe au sein de la bourgeoisie industrielle. Et puis Pornichet. Pierre de la Condamine est l’un des premiers enfants du tourisme. Il y a un siècle, ce n’était qu’un village qui avait pourtant vu passer Gustave Flaubert en 1847. C’était la Côte d’Amour à la belle époque. Une période d’insouciance, mais aussi de progrès techniques notamment dans les communications. Et c’est Marie-Antoine de la Perrière qui amènera le chemin de fer jusqu’au Croisic. L’ère du tourisme peut débuter, le premier chapitre de la vie de Pierre de la Condamine aussi. « Le pays natal est celui qui nous marque à vie. La Presqu’île de Guérande a une âme, elle est aussi un état d’âme qui imprègne celui qui y vit. Vous qui aimez la Presqu’île, écartez-vous des chemins… », écrit-il.

Le poète incognito

S’il est reconnu comme l’un des plus grands historiens de son époque, la genèse de Pierre de la Condamine, c’est la poésie. Il commence par des écrits intimes et livre ensuite une série de textes dont son fils a fait une très belle lecture. Il avait 26 ans lorsqu’en 1938, il publie ses recueils Chants de la brume et du soleil  réédités en 1953 aux éditions du Paludier, et aussi Souvenir de l’éternité , Automne breton, Presqu’île guérandaise. Guidé par son amour pour la région, on ressent du bonheur dans la description des éléments déchaînés. C’est une période heureuse pour l’écrivain, mais l’âme hypersensible ne peut dissimuler une plume anxieuse, inquiète et tourmentée. « Les grands tourmentés vivent de leurs tourments internes. Les tempêtes les apaisent. C’était un homme qui rêvait de se perdre », ajoute Patrice de la Condamine.
Inspiré par Charles Baudelaire, le poète maudit, il glisse vers le mysticisme et la réflexion philosophique. Il sait également s’entourer des talents locaux tels Jean Fréour qui illustrera Rendez-vous avec les saisons. Un ouvrage qui montre l’attachement de son auteur au cycle des saisons.

L’Histoire, le soleil qui éclaire les hommes

Pierre de la Condamine, l’historien, est le plus connu de tous. « De toutes les occupations intellectuelles, l’Histoire est la plus utile, la plus belle, la plus noble. Mieux connaître l’Histoire, c’est mieux connaître les hommes. Comme le soleil, si vous lui tournez le dos, il ne vous montrera que votre ombre, si vous marchez vers lui, il vous éclaire », explique-t-il. Néanmoins, l’homme entretient le culte d’un passé auréolé de gloire et donc forcément… embelli. Son objectif : réhabiliter l’histoire locale pour qu’elle s’inscrive dans l’Histoire universelle. Une page est tournée, le poète devient historien.
En 1967, il publie Prestiges du Pays de Guérande (édition France Empire). Un premier ouvrage aux couleurs locales qui lui permet de diriger la collection Histoire et Terroirs et d’inviter de nombreux auteurs à s’exprimer. Sans conteste, l’un de ses meilleurs livres est  La conspiration de Pontcallec , sorti en 1973. Il raconte cette révolte anti-fiscale qui s’est déroulée en Bretagne de 1718 à 1720. Avec à sa tête le Marquis de Pontcallec, la Bretagne rêvait alors d’indépendance. Une histoire qui finira dans un bain de sang.
Mais Pierre de la Condamine nourrit une fascination toute particulière pour le conflit franco-anglais. En 1977, il sort  Une journée d’été à Saint-Cast , une bataille mémorable (11 septembre 1758) proche de Saint-Malo et une sévère défaite pour la perfide Albion avec 2000 morts et 750 prisonniers. L’Histoire retiendra alors que l’hermine bretonne a terrassé le lion britannique. Étrange, quand on connaît les racines bretonnes et qu’il est souvent rapporté que Bretons et Gallois refusaient de s’affronter par solidarité celtique. L’auteur poursuit avec Le combat des Cardinaux (édition Le bateau qui vire) en 1982. Une sacrée défaite cette fois, car en novembre 1759 au large de l’Île Dumet, dans une mer de sang, les Français perdront 2500 hommes et 7 navires. Pierre de la Condamine revient sur ces événements en 1987 avec Le grand corps à corps , ce sera sa dernière grande œuvre historique. Auparavant, en 1984, il publie Voyageur pour Guérande à l’heure du romantisme  où il marche sur les pas des grands écrivains qui ont fréquenté la Presqu’île tels Flaubert et Balzac.

L’écrivain intime

Patrice de la Condamine dresse le portrait de son père dans l’intimité, sans oublier le rôle très important joué par son épouse, Giselle. « Elle avait le don de soi pour les autres », se souvient-il avec une énorme émotion. Et il en fallait de l’amour et de la patience pour partager la vie de Pierre de la Condamine : changeant d’humeur, sarcastique, secret. « Ainsi, franchir la porte du bureau était un acte audacieux pour nous. Pour les visiteurs, cela tenait parfois d’un état d’esprit kamikaze », indique son fils. Il décrit : « La maison entière était une bibliothèque. Tout envahissait tout. Nous avons été très surpris par ses lectures car il était très croyant. Aussi, il y avait des livres religieux mais on a trouvé également nombres d’ouvrages anarchistes. Il ne jugeait pas le passé dépassé et entendait vivre comme au début du siècle. Il a reproduit la vie de son enfance dans un panache d’illusions complètes. Il aimait occuper le devant de la scène ».
En 1980, il devient le président de la Société des Amis de Guérande et propose aux 371 adhérents de multiples conférences avec des intervenants de renoms. En 1992, le décès de son épouse marque le début d’un lent déclin.

Auteur : Y.D | 03/11/2011 | 0 commentaire
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